Publié à l’origine en mars 2014
Vous débutez en soca ? Vous ne savez pas faire la différence entre un wine et un pooch back, ou entre un jump et un wave ? Cette liste est pour vous. Les numéros ne sont pas un classement. Ils sont là pour vous donner envie de suivre le blog. Allez, on y va.
30. Workey Workey (Antigua)
Ce morceau de Burning Flames, supergroupe d’Antigua, fait des clins d’œil à plusieurs styles, surtout le zouk, le konpa et la soca classique. Sa forme vient des deux premiers, avec des breaks instrumentaux (relativement) longs. Les paroles sont suggestives, comme le veut la tradition. Ce titre met le feu à n’importe quelle fête caribéenne et fait partie du canon de la soca. Dites du mal de ce morceau dans les Petites Antilles et vous risquez l’expulsion.
29. Differentology (Trinidad)
Bunji Garlin est un nom majeur de la soca depuis la fin des années 1990. Ce titre de 2013 l’a propulsé dans une autre sphère de popularité. Fidèle à la tradition d’emprunts assumés à la musique populaire qui caractérise la soca, on y entend une bonne dose de synthés house (européens). « Differentology » montre aussi l’incroyable maîtrise rythmique de Bunji, avec un couplet savoureux !
28. Pump Me Up (Barbade)
Ce titre du milieu des années 1990 a fait connaître Edwin Yearwood et Krosfyah dans toute la région, plus que n’importe quel autre (des noms importants du monde de la soca : allez les chercher sur Google). À l’époque, « Pump Me Up » proposait une approche très fraîche de la musique de Carnaval et a largement contribué à l’installation du ragga/groovy soca comme sous-genre à part entière. La voix d’Edwin est inimitable, et il a poursuivi là où David Rudder s’était arrêté, en plaçant un style de chant R&B dans les rythmes de la Caraïbe anglophone. À écouter absolument pour qui s’intéresse à ce que les Barbadiens appellent le Ragga Soca et les Trinidadiens le Groovy Soca.
27. Turn Me On (Saint-Vincent)
Le tube de Kevyn Lyttle est sans doute le morceau de ragga soca/groovy soca le plus populaire de tous les temps. Ce titre du début des années 2000 a propulsé Lyttle vers le succès en 2004 et, pendant un temps, a laissé penser que le ragga/groovy allait devenir la prochaine « grande tendance ». Ce ne fut pas le cas, mais le genre comme le morceau sont toujours bien vivants.
26. Balance Batty (Dominique)
Le bouyon est un style développé par le groupe WCK, de la Dominique. Ce titre en est le meilleur représentant, et c’est grâce à lui que WCK a connu une immense popularité dans toute la région. Chanté en anglais, il met toujours l’ambiance avec son ordre « Concentration ». C’est sans doute l’un des morceaux de soca dominiquais les plus importants, en dehors de ceux du groupe influent Exile One.
25. Get Something and Wave (Trinidad)
Super Blue/Blue Boy est l’un des artistes de soca les plus accomplis de Trinidad. Ce morceau, « Get Something and Wave », a confirmé son héritage : non seulement il a remporté le Road March cette année-là (le titre le plus joué lors des défilés du Carnaval), mais il a aussi changé la façon de faire la fête dans les soirées soca : au lieu de danser chacun de son côté, agiter quelque chose en l’air est devenu le geste à faire. Décrit à l’époque comme un effet de mode, ce style de fête tenait déjà bon depuis vingt ans au moment où j’écrivais ces lignes.
24. Ragga Ragga (Barbade)
Ce morceau n’était pas censé être pris au sérieux : c’était en fait un morceau de remplissage sur l’album de Red Plastic Bag de 1993. Pourtant, son impact a été considérable : c’est un enregistrement charnière, joué de Panama à Chicago. Il a aussi propulsé la carrière de Red Plastic Bag et fait connaître le studio Chambers, dirigé par Nicholas Brancker, où le morceau a été enregistré.
23. Wicked Jab (Grenade)
« Wicked Jab » est signé de l’artiste grenadien Tallpree et s’ajoute à la longue lignée des chansons de jab de l’île de la Grenade. Le Jab Jab est un personnage du J’ouvert (le lever du jour qui ouvre le Carnaval), et Tallpree lui rend une nouvelle fois hommage. Remarquez le rythme de conque bien présent, caractéristique des chansons de jab. Inutile de préciser que celui-ci ferait exploser n’importe quelle fête sur l’île aux épices.
22. Endless Vibrations (Trinidad)
Rien que pour son importance historique, sans parler de l’arrangement imparable, ce morceau aurait mérité sa place dans la liste. C’est le titre de la percée de la soca, celui qui a permis à Lord Shorty (Ras Shorty I) d’affirmer que son innovation (la soca) était arrivée. Même si Shorty pensait à une fusion du calypso et de la musique indienne, ce titre, avec sa guitare et sa caisse claire bien en avant, a ouvert la porte à la fusion soul-calypso, sur laquelle la soca s’est ensuite construite comme genre.
21. Hot, Hot, Hot (Montserrat)
« Hot Hot Hot » est sans doute le titre de soca le plus vendu de tous les temps. Arrow, de Montserrat, région satellite de la soca, estimait, en restant prudent, que le titre s’était vendu à des millions d’exemplaires au milieu des années 1980, et la reprise a fait encore plus fort, au point que d’innombrables orchestres de paquebots et d’hôtels de la Caraïbe ont dû la jouer depuis. Pour moi, ce titre EST le son de la soca classique et il met en valeur le style d’arrangement de l’un des trois grands producteurs de l’époque, Leston Paul (voir « Snapshots in Soca »).
20. Pan in A Minor (Trinidad)
Lord Kitchener est l’une des grandes figures de la composition de calypso et un compositeur important du style de calypso pour pan (le steelpan, le « tambour d’acier » de Trinidad). « Pan in A Minor » est l’un des plus célèbres de ces morceaux pour pan, et il porte le son de la soca classique du superproducteur Leston Paul. C’est un classique pour les joueurs de pan du monde entier, et il fait toujours bouger les foules.
19. Faluma (Barbade/Suriname)
« Faluma », du groupe barbadien Square One, a été un énorme succès au milieu des années 1990. C’est une reprise d’un morceau du Suriname, et la chanteuse principale, Alison Hinds, sans parler la langue, l’a apprise phonétiquement. Le morceau utilise le rythme de soca courant à l’époque et c’est l’un des grands titres de « wuk-up » de la Barbade (la danse du déhanché). Il fait toujours partie du répertoire d’Alison Hinds aujourd’hui.
18. Head Bad (Saint-Vincent)
La soca de Saint-Vincent n’a pas été aussi dominante que celle de Trinidad et de la Barbade. Pourtant, Skinny Fabulous s’est imposé comme une nouvelle star de la soca, incroyablement populaire non seulement dans son pays, mais aussi dans les autres bastions de la soca de la Caraïbe. « Head Bad » en témoigne : rien que son intro de cuivres fait des ravages dans n’importe quelle fête.
17. Dr. Cassandra (Barbade)
Gabby, comme Red Plastic Bag que nous avons vu plus haut, était connu comme calypsonien (chanteur de calypso). Gabby avait pourtant déjà connu un succès avec « Boots », issu de son travail antérieur avec Eddy Grant. « Dr. Cassandra » est cependant l’un des titres les plus populaires sur le rythme Ring Bang conçu par Eddy Grant. L’arrangement est totalement dépouillé, avec beaucoup de percussions. Aujourd’hui encore, il captive le public caribéen.
16. Pressure Boom (Sainte-Lucie)
Ricky T vient de Sainte-Lucie et, comme Skinny Fabulous, s’est fait connaître dans la soca dans les cinq années qui ont précédé la publication de cet article. Pendant ce temps, il est devenu l’une des grandes stars de la soca de Sainte-Lucie. Son titre « Pressure Boom », sorti en 2009, est en grande partie responsable de cette reconnaissance régionale.
15. Chutney Bacchanal (Trinidad)
Chris Garcia a été qualifié, assez durement, de « chanteur de soca à un seul tube ». Il était pourtant bien plus qu’un chanteur : il a aussi joué dans un feuilleton trinidadien très suivi à la télévision régionale. Sa chanson « Chutney Bacchanal » a été absolument énorme en 1996 et a fait scander à tout le monde un refrain qui n’est ni en anglais ni dans aucune langue connue. C’est aussi un objet à part, puisque c’est une soca qui raconte une histoire ; sans être strictement du chutney soca, elle en avait assez d’éléments pour avoir fait découvrir ce sous-genre au public.
14. Lotala (Trinidad)
« Lotala » est l’un des plus grands titres de chutney soca à avoir conquis un public bien au-delà de son milieu. Chanté à l’origine par Sonny Man, le remix, avec General Grant et Denise Belfon, a retourné les fêtes de toute la Caraïbe. On y retrouve les sonorités habituelles du chutney, comme l’harmonium et le style de chant, et Sonny Man apporte la voix attendue.
13. Small Pin (Saint-Vincent)
Avant Skinny Fabulous, Beckett était l’artiste le plus populaire du genre soca/calypso à Saint-Vincent. Ce titre, « Small Pin », est son plus célèbre, et le refrain fait encore rire.
12. Blue (Trinidad)
J’ai inclus « Blue » pas forcément pour sa popularité écrasante. Il est connu, mais certains titres absents de cette liste le sont davantage. Je l’ai placé ici, dans la version de 3 Canal, pour son rythme singulier et parce que c’est un morceau de rapso, un autre sous-genre de la soca. Le rapso fait davantage de place à la parole dans la mélodie et il est politique. Ce titre-ci ne l’est pas : c’est un morceau de J’ouvert, comme « Wicked Jab » de Tallpree.
11. Soca Baptist (Trinidad)
Cette soca des débuts, datant de 1980, précède l’enracinement du son de la soca classique. Bien qu’arrangée par Pelham Goddard, l’un des trois grands producteurs du son classique, elle utilise le rythme sur les temps 2 et 4 à la batterie, comme les premières expériences qui ont suivi « Endless Vibrations ». Ce titre a valu le Road March à Blue Boy, devenu plus tard Super Blue, et reste un favori de cette génération. D’ailleurs, qui pourrait résister à cette accroche ?
On attaque la dernière ligne droite. Si vous êtes passé par toutes les étapes, vous devriez être plutôt compétent à présent. Lisez et écoutez donc jusqu’au numéro 1, et ne soyez plus jamais un nul en soca.
10. Massage (Îles Vierges américaines/Saint-Christophe)
La Caraïbe du Nord n’a pas été réputée comme centre de production de soca, surtout là où je vis, dans la Caraïbe du Sud. Pourtant, un mouvement au son soca distinctif, sans doute influencé par le crunk et le rap tonitruant, s’y développe depuis quelques années. « Massage », de Pumpa, est le titre le plus connu du genre et a réussi à percer dans la région. Avec des paroles qui ne sont pas pour les âmes sensibles, ce morceau a fait vibrer de nombreux Carnavals et a fait savoir qu’il existe bel et bien des artistes de soca dans le nord de la Caraïbe.
9. Tempted to Touch (Barbade)
L’artiste barbadien Rupee est l’un des rares artistes de soca caribéens à avoir décroché un contrat avec une major. « Tempted to Touch » est le grand succès de Rupee de cette période. Le titre figure sur la bande originale du film After the Sunset et reste à ce jour la chanson la plus populaire de Rupee.
8. Sugar Bum Bum (Trinidad)
Si « Endless Vibrations » a été le tournant, « Sugar Bum Bum » a été le raz-de-marée. Malgré une œuvre vaste et prestigieuse, « Sugar Bum Bum » reste le titre le plus populaire de Kitchener. La ligne de basse suffit à provoquer une liesse incontrôlable chez plus de cinquante Trinidadiens : à diffuser avec précaution.
7. Big Truck (Trinidad)
Machel Montano est sans doute le plus grand nom de la soca. Dans les années 1990, son groupe Xtatik a sorti ce tube. Le morceau comporte aussi, fait rare, une section reggae, ce qui le rend assez différent.
6. Jumbie (Trinidad)
Je sais que cette dernière série ressemble à une ode à Machel, mais comment une liste de soca digne de ce nom pourrait-elle ne pas faire la part belle à l’une de ses plus grandes stars ? « Jumbie » est une soca au tempo rapide, avec une complexité rythmique dans la mélodie que peu d’artistes du genre savent exécuter. Le morceau et son clip étaient très soignés et ont été une preuve de plus du talent de Machel.
5. Dollar Wine (Trinidad)
« Dollar Wine » date de la fin de l’ère du son soca classique, et ce titre, avec la danse qui l’accompagnait, était partout. Interprété par Collin Lucas, il fait toujours le bonheur de nombreux orchestres d’hôtel dans toute la Caraïbe, avec des touristes incapables de payer les « dollars ». Et on sait qu’un titre est grand quand il en fait naître d’autres, dans d’autres genres, comme le « Dollar Wine » de Lil Rick.
4. Fly (Trinidad)
Destra fait partie des artistes féminines apparues au début des années 2000, avec Fay-Ann Lyons et Patrice Roberts. Ce titre, « Fly », montre le son de sa percée : des mélodies en half-time (empruntées à la pop euro-américaine) et un usage généreux du chant R&B.
3. Band of the Year (Trinidad)
Machel Montano revient dans la liste, cette fois en duo avec Patrice Roberts. Ce titre, avec sa mélodie en half-time, a fait un carton et a fait connaître Roberts à un large public. Il a aussi remporté le Road March de Trinidad et Tobago en 2006.
2. Tiney Winey (Jamaïque)
« Tiney Winey » est de Byron Lee and the Dragonaires, un groupe jamaïcain « uptown » (issu de la Jamaïque aisée) qui a fait fortune pendant des années en reprenant des tubes de Carnaval. Ce titre est l’un des rares à être vraiment le leur, et il a lui aussi été arrangé par le superproducteur Leston Paul.
1. Carnival Train (Antigua)
Burning Flames est de retour avec une autre spécialité d’Antigua. Ce morceau porte l’empreinte habituelle de Flames : des breaks instrumentaux déchaînés, des boîtes à rythmes bien en avant et d’excellentes combinaisons d’accroches. Comme « Workey Workey » dans la liste 21-30, il a réussi à traverser, dans les années 1980, vers les autres Carnavals.
Voilà, mes amis. Vous pouvez décrocher votre diplôme en allant soutenir les artistes de soca de la Caraïbe chaque fois qu’ils passent près de chez vous. Je vous garantis que vous ne serez pas déçus.

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